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Amanda : le film à découvrir sur Arte

Posted on 8 septembre 20268 septembre 2026

Il y a des films qui avancent comme on marche dans une ville après la pluie. Lentement. Avec cette attention particulière portée aux vitrines, aux visages croisés, aux silences qui se prolongent un peu trop. Amanda, le film de Mikhaël Hers, appartient à cette famille rare.

Disponible sur Arte selon les périodes de diffusion et de replay, ce long-métrage sorti en 2018 suit David, un jeune homme parisien dont la vie bascule après la mort brutale de sa sœur. Il faut alors s’occuper d’Amanda, la fille de celle-ci. Un enfant. Une responsabilité immense. Une présence qui oblige à continuer quand tout, autour de soi, semble avoir perdu son sens.

Le film ne cherche pas à fabriquer un héros. Il regarde un homme ordinaire apprendre à vivre avec une douleur qui ne disparaîtra pas vraiment. Et c’est peut-être là sa force : dans cette manière de raconter le deuil sans grands effets, au plus près des gestes, des rues et des êtres.

Un film sur l’après

Le cinéma aime les ruptures. Les explosions. Les annonces qui changent une existence en quelques secondes. Amanda commence bien par un événement traumatique, mais il ne s’y attarde pas comme un spectacle. L’essentiel vient ensuite.

David a vingt-quatre ans. Il travaille de petits emplois, s’occupe de locations d’appartements et mène une existence encore flottante. Il avance dans Paris avec la légèreté apparente de ceux qui n’ont pas encore choisi leur direction. Sa sœur Sandrine, mère célibataire, vit avec Amanda. Entre eux, il y a les repas partagés, les discussions ordinaires, les projets remis à plus tard.

Puis Sandrine meurt dans un attentat. Le mot est lourd. Il appartient aux journaux, aux communiqués officiels, aux conversations murmurées dans les cafés. Mais pour David, il devient une absence concrète : une chambre, un téléphone qui ne sonne plus, une enfant qu’il faut rassurer.

Le film se tient dans cet espace fragile. Celui où l’on doit répondre aux questions d’une petite fille alors qu’on n’a pas les réponses soi-même. Où l’on prépare le petit déjeuner avec un nœud dans la gorge. Où l’on découvre les responsabilités à mesure qu’elles arrivent.

David ne devient pas soudainement adulte. Il le devient par nécessité. Nuance importante. Mikhaël Hers filme cette transformation sans la souligner au marqueur. Il la laisse apparaître dans une porte refermée, un regard, un rendez-vous administratif, une main posée sur une épaule.

Paris, ville traversée par le chagrin

Dans Amanda, Paris n’est pas une carte postale. La ville existe par ses rues, ses parcs, ses immeubles, ses quais et ses transports. Elle est belle, mais cette beauté ne cherche jamais à séduire. Elle accompagne.

On reconnaît les silhouettes parisiennes : les vélos qui filent, les terrasses, les appartements trop étroits, les jardins où les enfants courent pendant que les adultes parlent à voix basse. Paris apparaît comme une ville de passages. On y change de métro, de travail, de logement, de vie parfois. On y croise des inconnus dont on ne saura rien.

Cette géographie urbaine donne au film son mouvement. David marche beaucoup. Il se déplace entre plusieurs lieux, plusieurs rôles, plusieurs âges aussi. Il est le frère, l’oncle, l’ami, l’employé, l’homme qui tente de séduire Léna, une jeune femme blessée elle aussi par l’attentat.

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Le réalisateur filme les quartiers sans les enfermer dans une identité touristique. Pas de Paris de brochure. Pas de monuments convoqués pour faire joli. La ville est celle des habitants. Celle des journées ordinaires qui continuent malgré les tragédies. Une ville où le soleil peut briller au lendemain d’un drame, ce qui est parfois la chose la plus difficile à accepter.

Il y a dans ces images une douceur presque trompeuse. Les arbres sont verts. Les enfants rient. Les façades tiennent debout. Le monde semble fonctionner. Pourtant, pour David et Amanda, il s’est déplacé de quelques centimètres. Assez pour que tout devienne étrange.

Vincent Lacoste, loin de la comédie

Dans le rôle de David, Vincent Lacoste compose un personnage à la fois fragile et retenu. Son visage porte une forme d’étonnement permanent. Comme si chaque nouvelle responsabilité lui arrivait avec quelques secondes de retard.

On connaît l’acteur pour ses rôles comiques, pour cette façon de faire surgir le malaise au milieu d’une phrase banale. Ici, son humour subsiste par instants, mais il ne protège plus vraiment. Il devient une manière de tenir debout.

David n’est pas un homme naturellement préparé à l’épreuve. Il oublie, hésite, se trompe. Il peut sembler maladroit. Mais cette maladresse ne le rend pas moins aimant. Elle le rend crédible. Dans les films sur le deuil, les personnages savent parfois trop bien quoi dire. David, lui, cherche les mots. Il en trouve certains. Les autres restent dans le silence.

Face à lui, la jeune Isaure Multrier, qui interprète Amanda, apporte au film une présence d’une grande justesse. Amanda n’est pas une petite fille écrite pour produire mécaniquement de l’émotion. Elle observe. Elle questionne. Elle résiste parfois. Elle continue à jouer, à rêver, à parler de choses qui semblent dérisoires aux adultes.

Mais qu’est-ce qu’un sujet dérisoire pour un enfant ? Une robe, un dessin, une sortie au parc peuvent devenir des points d’appui quand le reste du monde s’effondre.

Le deuil sans mode d’emploi

Amanda ne donne pas de leçon sur le deuil. Il ne propose ni recette, ni formule consolatrice. Les personnages ne passent pas proprement de la douleur à l’apaisement. Ils avancent avec des retours en arrière, des jours meilleurs, des rechutes inattendues.

Le chagrin n’est pas une ligne droite. Il ressemble plutôt à une ville que l’on croit connaître et dans laquelle on se perd soudain. Une rue rappelle un souvenir. Une voix entendue dans le métro ramène une absence. Une date apparaît sur le calendrier.

Le film s’intéresse aux détails de cette vie nouvelle. Les démarches à effectuer. Les décisions à prendre. Les discussions avec la famille. La question de savoir où Amanda va vivre. Ces aspects concrets pourraient sembler administratifs. Ils sont au contraire profondément cinématographiques, parce qu’ils disent la violence de la réalité : même après un drame, il faut manger, dormir, travailler, remplir des formulaires.

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La douleur ne suspend pas le temps. Elle le rend plus lourd.

Mikhaël Hers montre aussi les différentes façons de se protéger. Certains parlent. D’autres se taisent. Certains cherchent la compagnie. D’autres préfèrent s’isoler. David tente de rester disponible pour Amanda alors qu’il ne sait pas encore comment prendre soin de lui-même.

La relation entre l’oncle et la nièce se construit sans grands discours. Elle passe par une présence régulière. Un repas. Une promenade. Une discussion dans une voiture. Une attention offerte au bon moment. Le film rappelle ainsi que l’amour n’est pas toujours une déclaration. Il peut être une chaise tirée devant une table.

Une histoire intime dans une époque blessée

Le scénario de Amanda s’inscrit dans une France marquée par les attentats. Pourtant, le film ne cherche pas à reconstituer l’événement ni à en faire l’analyse politique. Il regarde ses conséquences humaines.

Le drame collectif devient une tragédie personnelle. Les informations parlent d’un nombre de victimes. David, lui, pense à Sandrine. À sa voix. À ses habitudes. À Amanda qui ne verra plus sa mère rentrer.

Cette approche évite le pathos tout en conservant la gravité du sujet. Le film ne transforme pas les personnages en symboles. Ils restent des individus, avec leurs contradictions et leurs petites habitudes. C’est précisément ce qui les rend touchants.

Léna, interprétée par Stacy Martin, appartient elle aussi à cette constellation de survivants. Blessée lors de l’attentat, elle doit réapprendre à habiter son corps et ses journées. Sa relation avec David ne devient jamais une romance réparatrice au sens classique. Ils se rencontrent dans un moment de fragilité. Ils peuvent s’aider, mais ils ne se sauvent pas complètement.

Cette retenue est bienvenue. Le film sait que l’amour n’efface pas la peine. Il peut simplement offrir un endroit où la peine devient moins solitaire.

La douceur comme résistance

Il faut accepter le rythme d’Amanda. Le film ne court pas vers une révélation. Il préfère les détours. Les conversations interrompues. Les scènes qui commencent comme des moments banals et prennent peu à peu une autre profondeur.

Cette lenteur n’est pas un vide. Elle laisse aux personnages le temps d’exister en dehors de leur traumatisme. David peut encore plaisanter. Amanda peut s’ennuyer. Léna peut parler d’autre chose. La vie ne se résume pas à la catastrophe, même lorsque la catastrophe a tout changé.

La mise en scène accompagne cette idée avec beaucoup de délicatesse. La caméra observe sans forcer les émotions. Elle ne s’approche pas pour arracher une larme. Elle reste souvent à distance, comme un témoin respectueux.

La musique participe à cette tonalité. Elle n’appuie pas systématiquement les scènes dramatiques. Elle ouvre plutôt des espaces intérieurs. Quelques notes suffisent à faire surgir une mélancolie qui était déjà là, tapie derrière les gestes.

Et puis il y a la lumière. Les journées claires, les fins d’après-midi, les parcs traversés à vélo. Cette lumière pourrait sembler incongrue après un tel drame. Elle ne l’est pas. Elle rappelle que le monde continue sans demander la permission aux endeuillés.

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La douceur devient alors une forme de résistance. Continuer à regarder les arbres. Préparer un repas. Écouter un enfant raconter son rêve. Ce ne sont pas de petites choses. Ce sont les premières pierres d’une existence qui tente de se reconstruire.

Un film à regarder sur Arte, sans précipitation

Arte accueille régulièrement des œuvres qui prennent le temps d’explorer les zones discrètes de l’existence. Amanda trouve naturellement sa place dans cette programmation attentive au cinéma d’auteur et aux récits humains.

La disponibilité du film peut varier selon les droits de diffusion. Il est donc utile de vérifier la page du programme Arte ou le service Arte.tv avant de s’installer devant l’écran. Une précaution prosaïque, certes. Mais même les films les plus poétiques commencent parfois par une recherche dans la barre d’un navigateur.

Pour profiter pleinement d’Amanda, mieux vaut éviter de le regarder entre deux activités. Le film demande une certaine disponibilité. Non parce qu’il serait difficile d’accès, mais parce qu’il travaille dans les nuances. Il faut laisser venir les silences. Accepter qu’une scène ne livre pas immédiatement son sens.

Ce n’est pas un film à rebondissements. C’est un film de déplacements intérieurs. Il parle de la manière dont une personne apprend à prendre soin d’une autre. De la famille qui se recompose dans l’urgence. Des morts qui demeurent présents autrement. Des vivants qui cherchent une manière moins douloureuse de continuer.

Pourquoi voir Amanda aujourd’hui ?

  • Pour la justesse de Vincent Lacoste, qui compose un personnage vulnérable sans jamais le rendre plaintif.

  • Pour la présence d’Isaure Multrier, dont le regard donne au film une part de mystère et de vérité.

  • Pour la manière dont Paris est filmé comme un espace de vie, de mémoire et de reconstruction.

  • Pour son traitement du deuil, loin des discours tout faits et des émotions surlignées.

  • Pour cette idée simple et profonde : après un drame, prendre soin de quelqu’un peut aussi devenir une façon de retrouver le chemin de soi.

Amanda est un film discret. Il ne réclame pas l’attention, il la mérite. Sa mélancolie n’est jamais décorative. Elle s’inscrit dans les corps, les rues, les silences et les lendemains ordinaires.

On en sort peut-être avec moins de certitudes, mais avec une perception plus fine de ce qui relie les êtres. Une main tendue. Un trajet partagé. Une enfant qui pose une question. Un jeune homme qui ne sait pas quoi répondre, mais reste là.

Parfois, le cinéma ne promet pas que tout ira mieux. Il montre simplement que l’on peut encore avancer. Même avec le chagrin à côté de soi. Même lorsque la route traverse une ville lumineuse et que l’on ne se sent pas encore capable de regarder le soleil.

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